Teinture à la Garance

Cette fois-ci j’ai voulu refaire un grand classique, le beau rouge de Garance. Donc, une teinture de la laine selon une recette ancienne et artisanale.

Teinture de la laine à la Garance

Une série de marchés terminée, bientôt une autre qui va pas tarder. C’est pour cela qu’il faut préparer de quoi tricoter de belles couleurs. Elles donneront de beaux accents aux tenues automnales en tant que châles pour femme, les écharpes homme ou femme .

De ce fait, le chaudron en cuivre ressort du grenier, puisque c’est le cuivre qui intensifie les teintures à la garance.

Ensuite, je fouille le carton avec les plantes tinctoriales séchées. La racine de Garance des teinturiers en poudre est la base de la préparation.

Un grand chaudron en cuivre

Un grand chaudron en cuivre

Pour préciser, je poursuis toujours ma recette vérifiée pour obtenir le ROUGE GARANCE COULEUR SANG. Elle provient du livre de Weronika Tuszynska ” Farbowanie barwnikami naturalnymi” (pour ceux qui ne parlent pas polonais : “Teindre avec les colorants naturels” ). Selon ses dosages, il nous faut pour le bain de teinture final :

  • prévoir autant de poids de garance en poudre que pèse la laine à teindre (sèche). Donc si 1 kg de laine,  1 kg de poudre de garance
  • de l’eau dans les proportions 40 l pour 1 kg de laine (toujours sèche). Une petite parenthèse : la meilleure eau pour teindre à la garance c’est de l’eau calcaire. Si vous ne disposez pas de cette qualité d’eau, il est possible d’y ajouter un peu de craie naturelle : 20-30 g pour 1 kg de laine.
  • chaudron en cuivre non zingué
  • cuillère ou bâton en bois pour remuer le bain de teinture

Mais la teinture à la garance nécessite une étape préalable de mordançage. Pour ce faire, on aura besoin de :

  • poudre d’alun* broyé, en proportion de 250 g pour 1 kg de laine à teindre
  • crème de tartre*, 60 g pour 1 kg de laine
  • de l’eau 40 l pour 1 kg de laine

Le mordançage

Premièrement, on prépare notre laine par le mordançage. Cette opération de mordançage est nécessaire car elle garantira une meilleur tenue de la couleur. Ainsi, mouillée dans l’eau froide, elle est ensuite trempée dans une solution de pierre d’alun broyé et de crème de tartre. En fait, ce sont deux ingrédients de “chimie naturelle”* utilisée par les générations des teinturiers afin d’ouvrir les écailles de la laine de mouton. Pour en savoir plus sur la structure de la fibre et son comportement, n’hésitez pas à consulter mon article sur les propriétés naturelles de la laine.

Weronika Tuszynska conseille de bouillir la laine dans cette solution pendant 90 min, y laisser refroidir et laisser macérer pendant 4-6 jours. Ensuite, il faut bien rincer la laine afin d’éviter les tons jaunâtres dans le résultat final de la teinture (c’est la crème de tartre qui peut les provoquer).

Donc, je fais réchauffer tout ça doucement sur le feu jusqu’à quasi ébullition. Ainsi, la laine ne feutre pas malgré la température car je n’effectue aucun frottement dans le bain.  Une fois l’opération terminée, je laisse la fibre refroidir dedans. Enfin, j’essore légèrement les écheveaux (le lendemain), je rince et je les essore à nouveau.

La teinture

Maintenant, la deuxième étape : le bain de la teinture. La poudre de garance nécessite d’être trempée plusieurs heures (12h, une nuit) avant la cuisson dans une quantité d’eau environ 2 fois son volume. Ensuite, elle gonfle. Plus tard, je mets la poudre gonflée dans la marmite en cuivre. Je couvre de l’eau tiède (40 l pour 1 kg de laine) afin que tout devienne un mélange homogène. Comme je l’ai mentionné plus haut, on a besoin de l’eau calcaire pour la garance, alors vu que notre eau ici est tout sauf calcaire, j’ajoute de la de craie rappée (craie d’école 🙂 ) Ceci garantira une coloration plus vive. Enfin, je mets la laine mordancée rentre dans le bain. J’alimente encore le feu de la cuisinière et de la patience, car la température doit monter tout doucement et régulièrement pendant 1 ou 2h jusqu’à 70-80° environ. Il ne faut surtout pas dépasser ce seuil là sinon la couleur va “brunir”. Donc j’essaie de maintenir les 80° pendant 45 min en remuant très doucement la teinture avec la cuillère en bois (pas en métal, sinon il tâcherai la laine).

Une fois la procédure de teinture accomplie, selon Tuszynska soit on sort la laine du bain soit on la laisse refroidir dedans. La fibre sera ensuite rincée, lavée légèrement avec de l’eau savonneuse et à nouveau rincée.

Teinture de la laine à la Garance

Teinture de la laine à la Garance

Comme minuit approche, on va se coucher et je laisse refroidir la laine dans le bain. Ainsi, c’est au lendemain la surprise. Et le matin, c’est du beau rouge garance, comme je voulais. Que du bonheur pour les yeux! Encore rincer, laver, rincer et laisser sécher au vent. Ainsi, on a obtenu une belle laine de couleur qui s’illumine aux rayons de soleil ! Elle deviendra sans doute un châle femme hiver ou été ou bien, une écharpe ?

P.S.

On peut encore ajouter deux remarques de l’auteur du livre :

  1. il est possible d’ajouter dans le bain de teinture 50 g de son de blé (toujours pour 40 l d’eau). Ceci aidera à obtenir une teinture encore plus intense
  2. si, après l’étape du mordançage on laisse la laine bien sécher afin de la mettre sèche dans la teinture, la couleur obtenue sera plus foncée.
teinture de la laine à la garance

La laine teinte à la garance

Ci dessus les écheveaux de couleur “rouge sang” à la Garance en train de sécher.

Finalement, si la teinture naturelle à la garance vous donne envie d’ajouter encore plus de couleur dans vos écheveaux, allez jeter un coup d’œil sur ma recette toute simple de teinture de la laine au brou de noix.

* pierre d’alun – minéral naturel présent dans plusieurs régions du monde, astringent, (régulant la sudation de la peau entre autres); crème de tartre – dérive naturelle de la vinification des raisins