Comment laver la laine de mouton

La belle saison – le temps idéal pour tondre les moutons et bien sûr pour laver leur laine. Mais en effet, comment laver la laine de mouton ?

Laver une toison de mouton – un travail en étapes

Heureux propriétaires de moutons ou de leurs toisons. De la fibre précieuse et bénéfique pour l’homme qui ne devrait plus jamais se poser la question : “c’est quoi la laine“… Mais bien souvent les propriétaires se posent une autre question : comment laver la laine de mouton brute.

Voici une proposition d’une méthode artisanale pour nettoyer les toisons d’une façon écologique et très simple. Nous l’utilisons afin d’obtenir la laine propre pour confectionner nos couettes chaudes en laine, nos oreillers laine et enfin nos coussins laine.

Cette manière de laver la laine de mouton, bien ancienne, comprend quelques étapes au cours desquelles on n’utilisera aucun produit chimique. Tout se fait par la nature et avec la nature.

Trier les toisons

Afin de pouvoir laver une toison de mouton, il nous faut commencer par enlever à la main les salissures les plus visibles et possibles à extraire manuellement : le foin, les épines, les crottes, les morceaux jaunis par les urines…C’est une phase qui demande beaucoup de patience mais dont dépendra beaucoup l’effet final. On s’aperçoit bien vite qu’il est très difficile d’enlever les plus petits brins et poussières de foin. Dans ce cas-là, il est plus judicieux de consacrer les parties de toisons les plus « chargées ».

D’ailleurs, il vaut mieux soigner la façon de donner le foin aux animaux pendant leur séjour en bergerie. Cela nous facilitera considérablement le travail lors du lavage. Nous devons éviter de donner le foin dans les râteliers accrochés plus hauts que les moutons. Il doit être présenté au maximum à la hauteur de la tête de brebis ou mieux, encore plus bas. Ainsi, les animaux n’ont pas la possibilité de rejeter les brins de foins sur leur dos. Et le deuxième conseil : remplir les râteliers de la bergerie uniquement lors de l’absence de nos moutons…Vous allez me dire : en hiver ils ne sont pas très motivés pour sortir dehors. Oui, mais croyez nous, il suffit de leur proposer quelques gâteries à l’extérieur et ils vont vite prendre l’habitude de ces aérations. En plus, cela leur fait du bien, l’histoire de vitamine D3 et du soleil, même en hiver.

Et maintenant comment laver la laine de mouton ?

Une fois la laine triée, on la fait tremper dans de l’eau froide. Le plus simple est de l’immerger dans des paniers installés dans un ruisseau. Mais comme il est assez rare d’avoir un ruisseau à sa disposition, on peut procéder différemment. En effet, il s’agit de la laisser macérer la toison dans un bac rempli d’eau de pluie.

comment laver la laine de mouton

Comment laver la laine de mouton ?

une méthode économique et 100% naturelle

Selon moi, c’est la meilleure l’eau pour le lavage de la laine, mais vous pouvez faire vos testes avec de l’eau dont vous disposez. L’eau non calcaire est tout de même préférable. Le temps de trempage dépend du niveau de propreté de la toison, 3 ou 4 jours devraient suffire.

Une fois la toison trempée, vous allez observer que l’eau devient plus ou moins sombre… Ceci est en fonction de propreté de notre mouton au départ ;-). Également, un peu de mousse blanche apparait à la surface. C’est normal. Effectivement, conformément aux caractéristiques naturelles de la laine, notre fibre précieuse est couverte de suint. Ce dernier véhicule de différentes cires et de la lanoline. Au même temps ce suint est un détergent naturel et il va agir en tant que « lessive 100% écologique ».  Bref, on peut dire que la laine est autonettoyante, c’est excellent !

N’oublions pas de remuer légèrement de temps en temps la laine dans son bain. Finalement, on sort la toison et on la rince abandonnement. Il faut prévoir au minimum 4 ou 5 bains de rinçages à l’eau toujours froide et non calcaire. Une fois le lavage terminé, on laisse la toison à sécher en plaine aire, étalée à l’ombre et bien aérée. Pour ceci, il est idéal de la disposer sur des cadres en grillage fin suspendus (à fabriquer soi-même avec le grillage “à poule” p.ex.).

L'air pouvant pénétrer facilement de tous les côtés, la laine sèche rapidement

Séchage de la laine sur des cadres grillagés

L’air pouvant pénétrer facilement de tous les côtés, la laine sèche rapidement

Le blanchiment de la laine

Cette opération n’est pas obligatoire. Elle a pour but de rendre la laine encore plus blanche car naturellement elle est plutôt écrue. Si on voulait la teindre par la suite, le blanchiment intensifierait les teintures futures. On peut blanchir la laine d’une façon très simple et naturelle, pratiquée depuis des siècles. En effet, il s’agit d’exposer la laine au soleil. Ici on a au choix deux façons de le faire :

  • Humecter les toisons lavées et les laisser peu de temps au soleil. L’exposition prolongée pourrait abimer les fibres et les rendre cassantes.
  • Ou bien étendre le soir la laine sur une prairie de façon à ce qu’elle s’imprègne de rosée. Ensuite, cette dernière s’évaporera avec les premiers rayons de soleil. Ainsi, le blanchiment se fera grâce à l’effet commun de l’oxygène contenu dans la rosée et du soleil. Les deux facteurs agiront avec beaucoup de douceur et d’efficacité

Après avoir lavé la laine

Séchée à l’extérieur, la laine sent bon le vent (et pas le mouton). Maintenant, nous passons au cardage de la laine.

Il faut souligner que cette étape peut varier suivant ce que l’on souhaite faire avec la laine par la suite. P.ex. si vous voulez coudre un coussin en le bourrant de laine, feutrer la laine, ou bien créer une couette de montagne, le cardage dit « de matelassier » vous sera utile. Pour cela, un outil bien connu des artisans d’autrefois – une cardeuse manuelle de matelassier. Facile à trouver d’occasion, elle ouvrira les mèches en donnant du gonflant à la fibre. Petite remarque : c’est un travail bien physique.

Une cardeuse de matelassier qui fait du bon travail

Carder la laine de mouton avec une cardeuse traditionnelle

Une cardeuse de matelassier qui fait du bon travail

D’autre part, si vous comptez filer votre laine, il vous faudra carder la laine différemment, en mettant les brins de laine d’une façon parallèle. En effet, il s’agit de peigner la laine. On utilise pour cela les deux cardes manuelles qui sont des plaquettes de bois rectangulaires munies d’un manche. Les faces internes des plaquettes sont couvertes de petites pointes recourbées. C’est en passant alternativement une carde sur l’autre que l’on cardera nos mèches de laine.

Et si vous désirez d’avoir encore plus d’idées sur l’usage des toisons, n’hésitez pas de jeter un coup d’œil sur notre article : Que faire avec de la laine de mouton.

Un modèle ancien et contemporain. La photo provient du blog https://polskiewrzeciona.files.wordpress.com d'une fileuse polonaise

Les cardes à laine

Un modèle ancien et contemporain. La photo provient du blog https://polskiewrzeciona.files.wordpress.com d’une fileuse polonaise

Stockage de la laine

Un fois lavée de son suint, la laine possède encore une couche de graisse naturelle, la suintine. Cette dernière est très appréciée par les insectes. C’est pour cela qu’il est conseillé d’utiliser la laine lavée tout de suite. Vous en remplierez vos coussins en fermant bien l’ouverture de l’enveloppe. Ainsi, la laine enfermée dans le tissu sera protégée des mites. D’autre part, si vous désirez filer votre laine, la présence de la suintine sur sa surface vous facilitera beaucoup le filage.

 La laine enfermée dans le tissu reste à l'abri des mites

La laine enfermée dans le tissu reste à l'abri des mites

Si, toutefois, on préfère stocker la laine pendant un certain temps, il vaut mieux la laisser dans son état brut. Ou bien procéder au dégraissage complet de la fibre, en la relavant dans un bain avec un peu de « chimie » mais domestique. Ainsi, il nous faudra pour un kilo de laine, 30 litres d’eau tiède dans laquelle on a dissous 100 g de carbonate de soude et 50 g de savon de Marseille. Nous allons laisser tremper la laine en la remuant souvent. Elle sera ensuite bien rincée dans l’eau non calcaire et séchée comme précédemment.

Conclusion

Vous avez appris comment laver la laine de mouton d’une façon économique et surtout écologique. En plus, après le lavage du premier dessuintage, l’eau de trempage ne contient aucun produit chimique. Ainsi, chargée des graisses et sels minéraux naturellement présents sur la toison, elle devient bien précieuse pour l’arrosage du jardin.

Dans l’ensemble, c’est un travail peu contraignant et facile à réaliser. Évidemment, il sera encore plus sympathique à le faire pendant la belle et chaude saison… Et en plus, la laine va sécher plus rapidement à l’air libre qu’à l’intérieur.

Sources

  • « L’Encyclopédie Faites tout vous-même », Ed. Culture, Art, Loisirs, Paris 1975
  • « Connaissances des teintures végétales », E. Figue-Henric, Ed. Dessain et Tolra, Paris 1980
  • « Ma passion pour les fibres. Le filage et le feutrage », P. Charette, Les Editions Première Chance, Saint-Alexis-des-Monts (Québec) 2013
  • blog d’une fileuse en Pologne : https://polskiewrzeciona.wordpress.com